02 novembre 2009
La vie en trois parties, trois sous-parties.
Tu vas mal. Enfin tu ne sais pas. Tu ne sais plus. Plus rien. Tu n'as jamais su. Tu regardes par la fenêtre. Tu vois ta silhouette se refléter dans la vitre, tu te demandes qui c'est. Qui c'est, oui. Qui y a-t-il derrière ses contours incertains. Qu'es-tu venue faire ici. Que vas-tu devenir. Serait-ce un mauvais rêve ? Ton regard se lève vers le ciel. Tu lui demandes, tu demandes là-haut, dans un dernier cri, désespérement, ce que tout cela signifie. Pourquoi. Pourquoi est-ce que tu as toujours senti que tu n'étais faite pour rien, pourquoi tu as toujours su que tu étais différente, que tu ne rentrerais jamais dans aucun moule? Et pourquoi est-il possible de n'être pas fait pour le monde dans lequel on est né et dans lequel l'on est censé vivre ? Faut-il qu'il y ait des anomalies ? Faut-il que tu sois une de ces anomalies ?
Peut-être que tout ça n'est qu'une erreur, que tu as emprunté la mauvaise voie. Mais l'égarement peut-il aller si loin ? La prépa te mange la vie, t'épuise et te rend triste. Tu n'aimes pas ça, tu n'aimes pas ce que tu es devenue. Tu voudrais être heureuse et gaie mais tu as ce sourire triste en permanence sur les lèvres et ces cernes creusés sous les yeux. Trop de choses, impossible de bien te concentrer, tu t'égares et te disperses. Tu perds pied. Tu es dépassée, c'est la première fois que ça t'arrive. Les devoirs s'accumulent, tous plus intéressants les uns que les autres, mais le temps manque comme jamais. Tu ne penses pas qu'il puisse y avoir pire que cette année. Tu as le temps de ne t'intéresser à rien. Pourtant tu ne sais faire autrement. Tu aimes approfondir alors tu cherches, tu t'attardes sur des choses sans importance, tu perds ton temps, tu culpabilises, tu paniques, tu n'as plus le temps, tu bâcles, tu rends, on te rend, tu es déçue. Tu n'arrives plus à rien. Tu doutes de toi. Tu doutes de ce qu'on te fait faire. Tout ça n'est-il pas excessif et aussi un peu artificiel ? Comme si la vie tenait dans trois parties, trois sous-parties. Quelle blague. La vie, ce n'est pas faire des disserts. Tu ne peux t'empêcher de penser ça chaque fois que tu te retrouves seule, stylo en main, face à la feuille blanche. Le doute te ronge, il te bloque, tu n'y arrives plus à réfléchir ni à écrire. Panique. Tu fais des conneries. Tu rends des devoirs incomplets et tu deviens pour la première fois la pire élève de la classe. Et tu aurais presque un sourire malin aux coins des lèvres. Tu défies les règles. Ca te fait rire, peut-être, mais c'est un rire désespéré. A jouer à ce petit jeu, un jour ça te retombera dessus, tu le sais très bien. Au fond tu te demandes si tu es encore capable. Tu ne crois plus en toi. Plus du tout. Mais comment est-ce possible que tu t'écroules comme ça, après toutes ces années de réussite ? Je crois bien que dans ta tête tu as déjà abandonné. Que tu as perdu toute dignité, et que tu t'en fous. Tu t'en fous, c'est ça le pire. T'es dans un tel état de désespoir que plus rien ne t'atteint et que tu peux faire n'importe quoi. T'enfuir. Mourir. Ca me fait peur tu sais. Parce que je sais que tu pourrais faire une sacrée connerie. Un dérapage est vite arrivé. Je me demande si tu n'es pas en dépression. Non, peut-être pas non plus. Mais tu sais que c'est déjà grave d'en arriver à se poser la question. Tu pleures souvent, trop souvent et ça c'est inacceptable. Ca ne devrait pas te faire pleurer. Tu t'interroges sur les limites de l'acceptable. Ta mère a dit qu'elle ne savait pas à quoi ça rimait et qu'au fond, la prépa, elle n'était pas pour. Elle a implicitement donné son feu vert pour que tu ailles à la fac. Elle s'inquiète autant que toi. Ne serait-ce pas mieux ? Il faut savoir accepter de n'être pas faite pour ce moule-là. Les autres, oui, peut-être et ça les regarde. Mais pense à toi. A ton équilibre personnel. Elle a raison: à quoi ça rime tout ça, hein? Se coucher à pas d'heure, manger et te laver quand tu as le temps, dormir si peu, te promener avec de telles cernes, avoir un visage si décomposé et triste, à quoi ça rime de se foutre en l'air la santé comme ça à ton âge, pour pas grand chose à l'arrivée hein? Peut-être que c'est toi qui t'organises mal. Ou peut-être tout simplement que tu as atteint tes limites. Que le masque est levé: tu n'es pas une vraie intellectuelle, tu n'es pas celle qu'on croyait. Tu ne vaux pas mieux que les autres. Toi aussi, tu peux être nulle. Mais tu t'en fous. Toi tu as besoin de sortir, de faire du sport, de faire des choses avec tes mains, dessiner, peindre, cuisiner, tu as besoin de lire, d'écouter, de regarder, d'écrire, de rencontrer, de voyager, de vibrer. Les autres ne pourront pas te l'enlever. Or avec la prépa tu n'as plus le temps. Cette année encore pire que la précédente, tu as l'impression que tu ne vis plus. Tu vois, la phrase veut bien dire ce qu'elle veut dire: tu ne vis plus. Alors tu te demandes si tu ne vas pas arrêter. Choisir entre trop et pas assez - « Il vaut mieux trop que pas assez ». Oui mais jusqu'à quel point peut-on supporter le trop ? Partir ou mourir. Tu ne sais plus. Tu aimais les défis, pourtant. Et c'en est un. Mais quel défi! Tu as encore un peu d'honneur, un soupçon d'estime de toi qui fait que tu n'arrives pas à partir, hein, avoue. Non ? Si, peut-être. Mais c'est surtout que tu n'as pas la moindre idée que ce que tu pourrais faire d'autre. Et puis... il y a les autres. Ouais les quelques uns et quelques unes qui sont devenus tes amis dans cette drôle d'aventure, et que tu aurais bien du mal à abandonner en cours de route. La prépa, c'est pour l'aventure humaine que tu la vis. Ta vie-même doit être une aventure humaine. C'est ça que tu veux qu'elle soit. C'est ce qui te rattrape encore. Les autres, leur sourire, leurs mots, et ton envie de les aider, d'apprendre d'eux.
10 juillet 2009
Je me pose une énième fois la question du qu'est-ce que je vais faire de ma vie BORDEL et je désespère de trouver un jour on me dit artiste et sociale ça me fait sourire je crois bien que ça me plait oui c'est ça ça me plait et pour peu je croirais que c'est vrai ma mère elle y croit elle dit que ça ne l'étonne pas artiste et sociale c'est tout moi ah bon mon père ne dit rien il se plonge dans un mutisme devenu habituel dont j'ai d'ailleurs probablement hérité votre fille peut tout faire monsieur et alors je crois déceler chez lui une certaine fierté mais artiste et sociale ce n'est pas très rémunérateur papa et puis je souris à nouveau en tout cas elle n'est pas faite pour le commerce c'est une certitude tu as vu papa c'est la dame qui le dit il me faut une certaine indépendance certainement pas le monde de l'entreprise plutôt un monde intellectuel l'enseignement semble approprié avec du temps à côté pour continuer à créer voilà pouvoir créer et être avec les autres oui les autres malgré ma timidité malgré l'amour de la solitude malgré mon manque parfois très grand de sociabilité malgré la peur de leur faire face et toujours des doutes mais le doute est une preuve d'intelligence dit la dame vous vous posez beaucoup de questions assurément madame peut-être même trop vous savez mademoiselle on ne s'en pose jamais trop ah ah on voit que vous n'êtes pas dans ma tête mais si vous le dites chère madame alors voilà c'est livré comme un résultat j'ai un profil artiste et social mais sachant cela je ne suis pas plus avancée et je continuerai de douter chaque jour peut-être bien jusqu'à ma mort et en réalité je me moque bien d'être de tel ou tel profil je ne rentre complètement dans aucun moule de toute façon et que ce soit moi ou tout autre être humain on ne tient et ne pourra jamais totalement tenir dans un foutu moule ni être ainsi répertorié selon un profil stupide et bien trop simplifié pour contenir toute la complexité qu'il y a en l'Homme et je continue à penser que tout se construit au jour le jour je le disais récemment à quelqu'un il y a deux ans j'ignorais que j'irais en prépa il y a un an j'ignorais que je réussirais en prépa il y a quelques mois j'ignorais que j'opterais pour l'anglais en spécialité de khâgne et même aujourd'hui ou demain il se peut bien que les choses changent encore je me remets à douter cette histoire de l'enseignement qui me correspondrait bien a fait son chemin mais c'est le français et les lettres que j'aimerais enseigner encore plus que l'anglais alors je ne sais pas je ne sais plus on verra voyez-vous la vie est faite de rencontres et d'imprévu et c'est ça qui me plaît tant mais au jour d'aujourd'hui ce sont les lectures de vacances qui importent et la préparation pour la khâgne mais je peine à m'y mettre j'avais dit après les Solidays après Paris et en rentrant de Paris j'ai dit après Aix-en-Provence je suis rentrée d'Aix et depuis j'ai tout juste lu une cinquantaine de pages de l'Education sentimentale où soit dit en passant et je l'ignorais Troyes est régulièrement mentionné et hier après-midi il m'a pris de revoir le premier chapitre de mon manuel de grammaire anglaise mais c'est tout je cherche la motivation j'ai fouillé dans mon sac soulevé et trié mes gros classeurs ouvert tous mes tiroirs et même rangé tout mon bureau elle n'y était pas elle se cache ailleurs et en attendant je ne fais rien je laisse les journées couler doucement mais en réalité pas si doucement car le temps passe vite et je ne fais rien de constructif je n'arrive pas à lire et ça aussi ça me désespère je dois reconnaître qu'en ce moment je n'ai plus envie de lire que je me force pour ouvrir un livre et que je compte les pages quelle peine et quel désespoir n'est-ce pas pour moi en plus de la motivation il faut chercher l'envie alors en espérant qu'elles reviennent un jour je passe mon temps à des choses bien inutiles et aussi à attendre les autres qui ne sont pas disponibles parce que eux ils travaillent vous comprenez ils TRAVAILLENT ils n'ont pas que ça à faire de vous voir et puis quand vous leur proposez de sortir ils vous répondent qu'ils sont fatigués "parce qu'ils travaillent EUX etc." et comme si ça ne suffisait pas ils sont indisponibles fatigués ET de mauvaise humeur et pour peu ils vous feraient croire que c'est de votre faute c'était bien la peine d'avoir refusé de bosser cet été si c'est pour me retrouver toute seule à tourner en rond entre les quatre murs de ma chambre parce que personne n'est là et qu'en plus il fait un temps maussade pour un mois de juillet enfin c'est bien quand on m'apprend au dernier moment qu'on est trop crevé pour sortir ça me fait voir ce que les autres peuvent ressentir quand c'est moi qui décommande et ça n'a rien d'agréable enfin j'en reviens à ce que je voulais dire en ce moment les gens qui travaillent m'emmerdent et la Vie Active elle aussi n'est qu'une sale emmerdeuse qui me pique mes amis et mes amours oui parce que je ne vous l'ai pas dit mais il y a de l'amour aussi dans ma vie depuis peu enfin non pas depuis peu depuis déjà plusieurs mois mais c'est compliqué et même que ça me pompe beaucoup d'énergie toute cette histoire je me demande bien où nous allons comme ça et cela ne fait que flouer un peu plus mes perspectives d'avenir qu'est-ce que je vais bien pouvoir devenir dans un monde pareil inadaptée que je suis c'est décidément une bonne question.
La boucle se boucle d'elle-même - et je crois bien que j'ai trouvé une nouvelle manière d'écrire très adéquate.
21 juin 2009
Il y a de la grâce artistique dans le sourire d'à côté.
Plus les années passent et plus ma haine pour les fins d'année grandit j'ai toujours détesté ça finir conclure je n'aime pas les fins je le répète d'ailleurs tous les ans ici et je le sais que je me répète et ça m'est plutôt désagréable de me répéter pourtant je me sens forcée de l'écrire à nouveau alors que j'emploie quasiment les mêmes mots mais c'est comme si ça ne pouvait pas rester enfoui parce que ça me pèse vous comprenez l'idée que tout cela n'est qu'un éternel recommencement le retour du même à quelques différences près mais toujours une boucle qui s'enchaîne à une autre pour former la chaîne des années commencer finir commencer finir avec une certaine continuité et quelques ruptures également or tout ça m'est souvent douloureux surtout les ruptures même si parfois elles font du bien et qu'elles forgent mais c'est par principe que je n'aime pas les fins elles sont des carrefours complexes et souvent une partie de nos compagnons de route nous abandonnent pour emprunter d'autres chemins et soi-même il faut choisir vers quel horizon aller ou du moins s'égarer sans hésiter trop longuement parce que nos pieds ne s'arrêtent pas de marcher marcher marcher choisir comme si c'était simple ça m'a personnellement toujours rendue malade de devoir choisir et cette année ne différera pas des autres mon corps et ma tête une fois de plus sont mal dans leur indécision et ce sont les mêmes prises de tête les mêmes insomnies jusqu'aux cheveux qu'on pourrait arracher à cause des hésitations qui n'en finissent plus l'orientation ce mot barbare le balancement entre les lettres modernes et l'anglais l'oscillation entre deux matières qui comptent autant et le basculement sans doute définitif vers la linguistique alors que ce n'était pas prévu il y a encore quelques mois peut-être même quelques semaines donc évidemment il faut du temps pour s'y faire c'est entre soi et soi mais il faut du temps pour faire son deuil de la littérature bien que ce ne soit qu'un deuil partiel et momentané la littérature ne pourra jamais disparaître mais faire son deuil tout de même son deuil aussi d'une certaine personne de certaines choses qui peut-être ont pendant longtemps pris trop de place et il y a le choix de l'appartement aussi et l'idée de la collocation qu'on fait tomber à l'eau et au dernier moment comme toujours à croire que c'est une marque de fabrique chez soi de laisser tomber les autres au dernier moment et bien sûr on met ses amies dans une situation délicate on a cru un temps que ce serait possible une collocation à trois ou quatre ca semblait attractif et convivial comme affaire mais avec du recul pour quelqu'un comme soi c'est plus terrorisant qu'autre chose vivre sans cesse avec des personnes autour de soi surtout des personnes qu'on ne connaît que depuis un an et puis à trois ou quatre c'est si compliqué de tomber d'accord on pensait au départ pouvoir et vouloir faire l'effort apprendre à faire des compromis et se dépasser vivre une nouvelle expérience qui nous mettrait un peu en déroute mais pour son bien mais son besoin de solitude et son manque de socialibité réapparaissent et sonnent l'alerte ne t'y engage pas et on en vient à penser que s'engager avec les autres n'est définitivement pas fait pour nous parce qu'au fond le problème ne vient pas tant des autres que de soi-même à qui on ne peut pas faire confiance l'inconstance éternelle en personne et ce serait une mauvaise idée d'imposer cela aux autres être imprévisible d'accord puisqu'on ne peut faire autrement mais limiter les dégâts ne pas embarquer les autres dans le même bourbier ils n'ont rien demandé les autres ce n'est pas de leur faute aux autres si on est comme ça on vivra donc toute seule dans son mini appartement mais ça n'empêche qu'il faut tout de même trouver ce toit et on voudrait qu'il soit parfait alors on attend de voir le suivant le suivant mais le temps presse et de toute façon rien ne sera jamais parfait où que ce soit alors on en revient toujours à faire des concessions même quand on est toute seule c'est comme ça la vie des compromis toujours des compromis tous ces choix à faire ces décisions à prendre à la vitesse grand V pèsent on est quelqu'un qui a besoin de temps de laisser décanter mais la fin est proche et le prochain début empiète même déjà sur la fin actuelle les vacances dans quelques jours mais pas le temps le temps de rien entre tous ces choix tous ces aller-retour ces fêtes et puis et puis la perspective des vacances qui étrangement fait aussi peur qu'elle soulage du travail et puis des gens de qui on a peur de s'éloigner par la même occasion mais on en revient toujours au même sentimentalisme douloureux et on galère on galère on galère avec la vie.
14 mars 2009
ll n'y a rien de pire que de ne pas pouvoir dire les choses. L'impossibilité d'en parler m'enferme dans une espèce de folie à l'intérieur de ma propre tête, comme si j'étais coincée dans un bocal totalement hermétique, réduite à y tourner en rond, à me heurter à ses parois et à avaler de l'eau dès que je tente d'ouvrir la bouche...
Une éternité. Parce que c'est toujours la même chose, peut-être aujourd'hui pire que jamais - l'impossibilité de communiquer. Je continue d'écrire ailleurs pourtant, des pages et des pages, où se noient des détails qui n'ont de sens pour personne sinon pour moi. La peur d'oublier... Des choses à dire pourtant, mais comment les dire ? Tout se bouscule tellement...
10 janvier 2009
J'aurais aimé que notre conversation ne prenne jamais fin, que l'on reste toutes deux allongées sur un lit de la chambre d'internat, la nuit et la neige dehors, la seule petite lampe de bureau nous éclairant, à parler, échanger, rire, apprendre sur l'une et sur l'autre, partager. Je m'étais perdue dans ses mots, dans les miens, j'avais oublié l'heure, le temps, le lieu, le cours des choses réelles, j'étais ailleurs et j'espère qu'elle aussi. Mais j'avais oublié qu'à l'internat, il y a une heure précise pour prendre son repas. J'aurais pu ne pas manger ce soir-là, ou plus tard, quand nous serions revenues de nous-mêmes à la réalité... Mais non, quelqu'un a frappé à la porte.
Cet instant, peut-être qu'il n'a pas eu autant d'importance pour elle. Découvrir qu'elle était comme moi, à noter tous les détails, à se souvenir des gens, des paroles, des gestes, à tout noter dans sa tête... Savoir qu'elle était là, à quelques mètres, m'apaisait étrangement. Mais elle l'ignore probablement. On ne sait jamais ce que peuvent penser les autres. Il m'avait semblé que par ses instants répétés en quelques jours, l'on se rapprochait, petit à petit, mais le lendemain, je n'étais plus sûre de rien. Pourtant, après quatre mois de vie commune, je commence à la connaître, à connaître ses sautes d'humeur et mieux, à les accepter, parce que je crois qu'elles font partie d'elle, d'un tout que j'apprends à aimer. Mais de tels changements me déstabilisent, aussi. M'échappera-t-elle ainsi toujours ? Elle n'a peut-être pas conscience, de ce qu'elle commence à être pour moi. Peut-être qu'elle s'en fout après tout.
04 janvier 2009
L'angoisse revient à petits pas. Il y a beau avoir les visages et les mots des autres pour me rassurer, je crois que j'ai perdu pour un temps la sérénité qui m'accompagnait depuis septembre. La fatigue et la maladie m'ont fait perdre pied au cours des dernières semaines avant les vacances de Noël ; je pensais pouvoir me reposer et reprendre force et motivation pendant ces dernières mais à la veille de la rentrée, il n'en est rien. J'ai passé de bonnes vacances pourtant. Mais je me pose à nouveau des questions, j'angoisse pour l'avenir, et cette angoisse entame ma motivation. Ce qui jusqu'ici faisait ma force - être en prépa pour le plaisir - se retourne contre moi et devient ma faiblesse : j'aurais besoin de savoir pourquoi j'avance et où je vais pour me sentir plus en sécurité.
06 décembre 2008
On finit toujours par être ramené à sa banalité. Il y a beau avoir eu quelques mots encourageants griffonés sur ma copie, d'autres savent faire aussi bien sinon mieux. Je ne suis qu'une parmi d'autres. Je n'ai rien d'exceptionnel, et je n'aurai jamais rien d'exceptionnel. Je suis frustrée. Frustrée de ne pas savoir écrire le monde, de ne pas savoir le photographier, le peindre ou le dessiner.
Je suis fatiguée, on cogne dans ma tête, mes yeux se ferment d'eux-mêmes, j'ai envie de pleurer. Je ne sais pas ce que je fais là. Je suis partie pour travailler comme une dingue pendant deux ans, sans savoir ce que je vais y gagner - peut-être pas grand chose au final - alors que d'autres auront fait des grandes écoles qui leur auront laissé le temps de s'amuser, de sortir, de voir du monde, de lire, de faire du sport, et que sais-je encore, qu'ils auront du travail à la sortie, un bon poste et un bon salaire.
Le temps me presse dans tout ce que je fais, alors je ne fais rien de bien. Je n'arrive plus à lire des livres pour moi, parce qu'au lieu d'être dans l'histoire, je suis sans cesse en train de penser que pendant que je lis, le temps passe et que j'ai d'autres choses à faire qui sont prioritaires. Et qu'il y a-t-il de pire que de ne pas pouvoir prendre un livre sur l'étagère de sa bibliothèque au moment précis où l'envie nous en est venue ?
10 novembre 2008
En permanence des phrases qui florissent dans ma tête et puis une fois le stylo saisi ou arrivée devant l'écran les mains sur le clavier plus rien tout fuit et s'enfuit et c'est perdu et cette idée m'énerve j'ai sans doute trop de choses dans la tête pour que tout soit clair rangé organisé et que cela puisse être couché sans difficulté sur le papier et il y a toujours ce problème du bonheur ineffable l'impossibilité de dire qu'on est bien là à ce moment précis sans être ridicule ne pas vraiment savoir quoi dire en plus expliquer pourquoi on est bien alors qu'eux les écrivains y arrivent
écrivain qu'on avait lu en seconde et qu'on se plaît à redécouvrir sous un autre angle qui écrit des mots justes des mots qui des mots qui qui eux non plus ne sont pas descriptibles mais qui emplissent d'un drôle de quelque chose qui fait du bien à ces heures tardives où les autres dorment alors qu'on vit d'autres vies alors qu'on aurait dû être ailleurs avec de vrais autres des camarades qu'on a laissés pour un livre et toujours cette hésitation entre se laisser aller à la fête aux bonheurs éphémères aux paradis artificiels de l'alcool et au rire facile de la jeunesse ivre et l'étude cet esprit scolaire qui nous rattrape toujours partout et puis même maintenant le fait qu'on se soit pris au jeu et que le travail ne soit plus toujours désagréable qu'on joue par plaisir qu'on aime travailler autre forme de perversion peut-être et qu'on aurait jamais soupçonnée un balancement incessant entre les deux
deux vies qu'on vit peut-être même plus et qu'on hésite à superposer préférant les garder bien distinctes l'ancienne vie et la nouvelle et le monde extérieur en fond qu'on a tendance à ignorer sans le vouloir
des bribes d'un journal hebdomadaire un magazine parcourus à l'horizontale histoire d'être au courant mais rien de bien nouveau la crise la crise la crise la guerre la guerre les guerres malgré un nouvel espoir un homme un bel homme et des foules de personnes souriantes heureuses délivrées vibrantes émouvantes comme si tout avait changé en une nuit en quelques heures le monde prend un nouveau virage bientôt un nouveau visage et nous aussi on se prend à rêver à l'impossible
et on en revient à sa petite vie toujours pleine de questions dans ces moments en face-à-face avec soi-même mais les autres sont avec nous toujours et partout même quand ils sont absents leurs mots restent nous travaillent "les bons élèves n'ont pas besoin de nous" qu'un professeur a lancé et puis on ne sait plus trop que sait-on d'ailleurs pas grand chose et certainement pas où l'on va ni ce que l'on va faire et l'envie parfois de tout arrêter alors qu'on aime ça mais s'arrêter un temps et écouter observer dessiner tracer les contours d'un monde qui nous échappe avant que tout ne change encore fixer les visages aligner les mots pour leur montrer regardez c'est vous c'est nous c'est notre monde.
29 octobre 2008
J'écoute Camille à fond - les effets secondaires du concert d'hier soir qui m'a étonnée et enchantée. Je me dis que voilà, ce sont déjà les premières vacances et que je suis là, bien en vie, plutôt bien dans mes baskets et bien loin du cliché de l'élève de prépa sur les rotules, épuisé, avec des tranchées sous les yeux et dépressif. Certes ça me fait du bien de souffler un peu et de pouvoir dormir jusqu'à 9h ou 10h le matin, pouvoir faire une sieste l'après-midi si ça me chante. Certes je n'ai plus sept à neuf heures de cours par jour auxquelles s'ajoutent presque systématiquement deux à quatre heures de devoirs le soir - mais même en vacances, je travaille bien au moins trois à cinq heures par jour quand même, peut-être même un peu plus avec la lecture du soir que j'aurais toujours du mal à inclure dans la case "travail" parce qu'elle reste avant tout un plaisir.
Mais même en vacances, la routine. La routine de la Toussaint : toujours le même festival au même moment, qui induit toujours quelques concerts ; toujours un week-end à Paris - plus avec les parents mais chez un ami étudiant maintenant, eh oui on grandit - ; toujours une ou deux fêtes ici ou là ; et toujours quelques autres impératifs et courses à faire en un temps record : et donc toujours des vacances de la Toussaint bien remplies, à peine commencées qu'elles sont déjà finies.
Sauf qu'après on rembarque pour sept semaines de cours difficiles.
Tout à l'heure, j'étais allongée sur mon lit, un amas de cours d'histoire juste à côté de moi. Je rêvais à ces vies possibles. Et puis "la naissance des nations européennes" s'est rappelée à moi. Cours intéressant, et plus facile à apprendre que je ne le pensais, malgré sa complexité. Mais des doutes qui reviennent. Pourquoi suis-je en prépa ? Et pour quoi ? Et puis pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Pourquoi une prépa littéraire et pas une école de commerce ? Est-ce sensé de travailler autant, même si d'accord, ça me plaît, alors que je pourrais sortir comme nombre d'étudiants etc. et que je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais faire après ?
J'ai croisé quelques personnes depuis que je suis rentrée à Troyes et souvent, après m'avoir demandé ce que je faisais comme études - et quand avec un peu de chance, je n'ai pas eu à expliquer ce que c'était qu'une prépa littéraire... - on me demande à quoi ça mène. "Ah, et c'est pour faire quoi après?". Et puis moi je souris : "je ne sais pas". Au début, je souriais oui. Mais à force d'entendre cette question et de répéter la même réponse, je me dis que si les gens la posent toujours, c'est peut-être que c'est important et que je devrais me la poser aussi. Enfin, bien sûr que je me la pose mais, dans ma tête, la décision n'est pas urgente... J'ai le temps et je crois aux rencontres improbables qui font prendre un nouveau virage. D'ailleurs si je n'y croyiais pas, je ne serais pas là ; c'en est une qui m'a fait arriver en prépa. Mais c'est simplement que ce n'est pas toujours évident de remettre sans cesse les choses à plus tard, parce qu'on n'a pas le temps dans l'immédiat ; on a tendance à se demander si le sacrifice en vaut la peine...
19 octobre 2008
Un cinéma, 19h40. Même endroit, même heure. Deux êtres familiers se rencontrent. Le coeur s'emballe.
17 octobre 2008
Du jazz en fond sonore, découvert - ou plutôt redécouvert - en cliquant par hasard sur Deezer. Une musique dont vous ne connaissiez ni le nom ni l'artiste mais que vous êtes persuadée d'avoir déjà entendu, plusieurs fois, quelque part, dans votre enfance. Du jazz en fond sonore et des mots, ceux des autres et les vôtres - qui parfois se confondent. "Comme de longs échos qui de loin se confondent..." Un vers de Baudelaire qui vous vient à l'esprit et que vous écrivez. Vous ne l'aviez pas prévu. Vous n'aviez même pas prévu d'écrire cet article et encore une fois vous n'allez pas respecter votre auto-promesse - 22h maximum et après vous arrêtez l'ordi - mais même avec cette somme croissante de travail, vous continuez à faire selon vos pulsions. L'envie d'écrire vous est venue et puis c'est tout, il n'y avait pas à discuter. Vous alliez parler d'un article, citer ce passage : "Elle ou autre chose ; la littérature, l'art, que sais-je. Ça me fatigue cette nécessité de maîtrise ; est-ce que l'important ça n'est pas surtout la force avec laquelle parfois les choses résonnent en nous ; est-ce que ça n'est pas surtout de chercher dans ces échos ce qu'il peuvent nous révéler de nous-mêmes, de ce qui se passe en nous ?"
En lisant ces phrases, vous avez pensé à votre prof de français, au cours de littérature du matin-même où vous vous aviez eu les larmes aux yeux simplement en entendant quelques phrases mélodieuses, si bien pesées, en les laissant vous pénétrer, vous submerger, sans chercher à comprendre, sans maîtriser. Le prof avait avoué, lui aussi, avoir été submergé par un texte qu'il n'avait su terminer de lire. C'était juste cet instant, ce bel instant de sincérité, d'émotion partagée qui vous avait plu, et puis la force des mots, qui une fois de plus, vous confortait dans l'idée que vous n'étiez pas assise sur cette chaise pour rien.
C'est peut-être tout ce que vous vouliez dire. Du jazz, des mots et la vie à l'intérieur de vous.
12 octobre 2008
Le temps de tout, le temps de rien. Trop peu celui d'écrire, assurément. Les phrases s'inscrivent dans ma tête pourtant, et puis elles s'envolent. C'est dommage, me dis-je à chaque fois.
Mon portable remplace parfois mon poignet et ma main fatigués d'écrire au stylo; tard le soir, quelques instants avant d'éteindre la lumière, mon pouce martèle alors le clavier miniature pour ne pas laisser perdre quelques idées inspirées par une belle journée.
Du reste, il faut toujours choisir, établir des priorités. C'est une bataille de tous les jours : faire telle chose au détriment de telle autre ; ne jamais parvenir au bout de la liste qu'on s'était fixée. L'entourage ne comprend pas toujours. "Travailler passe avant moi ?" Comment leur faire comprendre ? Soi-même, on est dépassé. On aimerait bien pouvoir tout faire, mais il faudrait que les jours comptent 48 heures ou alors, ne pas éprouver le besoin de dormir. Rêvons à l'impossible. Mais on ne cesse de se répéter : je ne peux pas tout faire. Il faut anticiper, organiser son travail, fixer des objectifs mais aussi des limites.
On m'avait dit que les années d'études supérieures étaient les meilleures. Je ne suis pas loin de le croire, même si elles commencent à peine.
Je vois certains de mes amis sortir trois à quatre soirs par semaines, être ivres au moins deux, aller en boîte ou boire un coup à droite à gauche, sécher des cours à cause d'une gueule de bois... tout ce qui, en somme, contribue à faire une trop bonne caricature de l'étudiant. Je me demande s'ils sont heureux. Je l'espère. Ils ont l'air en tout cas. Mais je ne les envie pas. Je sors moi aussi, mais plus rarement - travail oblige. Ca ne me manque pas tellement. Ce qui me manque, c'est plutôt la possibilité d'aller une ou deux heures marcher seule dans la campagne environnante. C'est tout. Le reste, les livres le comblent. Ce week-end je me suis même rendu compte que j'éprouvais presque plus de plaisir à passer mes journées dans les bouquins qu'à en voir certains. Je n'ai jamais été aussi bien de ma vie, aussi épanouie. Même ces deux dernières années. Cette fois, c'est encore un degré au-dessus. Il ne se passe pas un jour sans satisfaction, pas un jour. J'ai envie de sourire tout le temps, j'ai un sourire dans les yeux quand j'observe, un sourire dans les oreilles quand j'écoute, un sourire dans la main quand j'écris, un sourire partout. Une bonne humeur presque permanente. Je suis la première étonnée. Etonnée par moi-même, étonnée par ce que je vis, étonnée des personnes rencontrées, là dans ce lieu que j'avais brièvement visité il y a quelques mois, et qu'une autre avait connu avant moi. Depuis le jour de la rentrée, mes doutes se sont évanouis. Je ne dis pas que tout m'est facile, je ne me sens pas non plus supérieure ; j'ai encore tout à apprendre. Mais il y a une force nouvelle en moi depuis six semaines, une force qui me rend optimiste et sereine du moment où mes yeux s'ouvrent jusqu'à celui où ils se ferment, parce que cette force venue de nulle part ne rend rien insurmontable. Peut-être est-ce le fait d'avoir découvert que le choix de la prépa était bien mien, et pas celui d'autres qui me l'auraient insufflé (j'en avais tellement peur). Peut-être est-ce le fait d'avoir compris, en quelques heures, que ce que j'allais étudier allait me plaire et que j'avais ma place ici. Le plus incroyable peut-être, c'est que je n'ai pas toujours pas d'objectif à long terme mais que, loin d'entamer ma motivation, ça la grandit encore : je suis là pour le plaisir, pour l'amour du jeu, dans le plus total désintéressement. Quelle folie!
19 septembre 2008
C'est dingue parfois, comme on peut se faire des idées fausses sur les choses. C'est surprenant aussi, combien on peut en apprendre sur soi-même, juste en arrivant quelque part où tout et tout le monde nous sont nouveaux et inconnus. La prépa je l'ai plus redoutée qu'autre chose jusqu'à ce mardi 2 septembre 2008. Elle m'a inspiré des doutes et des questions à n'en plus finir pendant près d'un an, du travail pendant les grandes vacances! et un peu d'angoisse les jours précédents la rentrée, pas grand chose de positif en somme, si ce n'est l'idée que j'allais étudier des matières que j'aime. Et puis, la rentrée est arrivée, plus vite encore que je ne le craignais. Endroit nouveau, profs, camarades, entourage totalement inconnus, autre mode de vie et de travail, éloignement de la famille et des amis... Pendant les vacances, quand j'y pensais, j'ai eu peur que ça fasse trop d'un coup, j'ai vraiment eu peur oui - mais cela doit bien arriver un jour! - et puis c'est là qu'on apprend qui on est, comment on réagit, comment on s'adapte. Et on est agréablement surpris.
(...)
29 août 2008
L'année prochaine, je vais en prépa. L'année prochaine, ça va faire drôle. L'année prochaine, tu vas devoir te débrouiller toute seule. L'année prochaine, c'est une nouvelle vie qui commence. L'année prochaine, je serai à l'internat. L'année prochaine, tu auras sans doute moins de temps pour sortir. L'année prochaine, je vivrai dans une autre ville. L'année prochaine, vous serez séparées. L'année prochaine, de nouvelles habitudes. L'année prochaine, tu vas devoir bosser dur. Profitez-en bien avant l'année prochaine.
Nan mais l'année prochaine c'est dans quatre jours.
19 août 2008
Comme les déceptions sont vite arrivées.
Tu fais le tour des blogs et puis tu te rends compte qu'il y a encore eu une soirée où tu n'étais pas invitée. Et là, ce n'était pas organisé par une simple connaissance mais par ton ami d'enfance, qui fêtait ses 18 ans. Vous êtes du même mois, lui est né huit jours avant toi, et à la rentrée, ça fera quinze ans que vous vous connaissez, dont treize passés dans la même classe. Tu as fait de sacrés coups avec lui en maternelle et primaire, le premier bisou c'est à lui que tu l'as donné, il t'appelait souvent au téléphone pour les devoirs et jamais une fois tu l'as envoyé se faire voir alors que parfois, il l'aurait pas volé, vos parents s'arrangeaient pour ramener de l'école etc. et encore aujourd'hui il fait partie -enfin c'est ce que tu pensais jusqu'à il y a dix minutes - de ce que tu pourrais appeler ton vrai groupe d'amis. D'ailleurs hier quand tu as imprimé quelques photos que tu envisages d'emmener avec toi pour, peut-être, les afficher au mur de ta nouvelle chambre, tu as fait en sorte qu'il soit au moins sur une d'entre elles et puis le soir, lorsque tu songeais à ceux que tu inviterais à ton propre anniversaire, tu l'avais placé parmi les premiers sur la liste. Ca te paraissait évident. Alors là, tu te demandes soudain si tu ne t'es pas trompée en croyant que toutes ces années comptaient pour lui aussi. Tu te demandes s'il faut encore croire à l'amitié, si ça vaut encore la peine de faire des efforts. Un instant tu te remets en question : aurais-tu fait quelque chose de mal récemment, une maladresse,...? Tu cherches mais tu ne vois pas : vous ne vous êtes pas beaucoup vus pendant ces vacances mais tu lui as envoyé une carte postale il y a un mois et tu lui as souhaité son anniversaire vendredi dernier, et pas de doute c'était la bonne date - tu parles, ça fait quinze ans maintenant, tu commences à t'en souvenir ! Et il sait que tu es rentrée, tu l'as vu la semaine dernière. Alors sur le coup, tu ne sais plus trop quoi penser, tu es un peu retournée par la nouvelle. Oui, tu es même plutôt mal. Tu cherches à comprendre mais décidément, tu crains bien de ne jamais t'en sortir avec ces autres.
Les pages défilent mais à chacune d'elles ce sont les mêmes doutes et les mêmes questions. Pourquoi ? A quoi ça sert ? Où vais-je comme ça ? Est-ce moi ?
08 août 2008
Je lisais il y a quelques jours un entretien entre Fabrice Luchini et Karl Lagerfeld dans Télérama, par simple curiosité, quand une réponse de Luchini m'arrête :
" (...) Qu'est-ce qui nous aide à vivre ? Et à ne pas vivre ? La lecture d'écrivains nourrit, transforme, mais ne rend pas forcément plus heureux. Lire Rimbaud n'aide pas à vivre, juste à être illuminé par du génie d'adolescent. Lire Flaubert... du génie toujours, mais avant tout du ressentiment à l'état pur. Non, la culture n'aide pas à vivre, encore moins maintenant qu'on est dans un tel truc de marchandise. Il y a trop de tout, disait déjà Paul Valéry. "
Je m'étais déjà posé cette question, comme beaucoup d'autres je pense. Une fois l'article lu entièrement, j'y suis revenu, j'y ai réfléchi de nouveau. Je crois que je suis plutôt d'accord avec lui. Je crois en fait, qu'il est difficile de ne pas être d'accord.
Hier, quand j'ai eu fini La Princesse de Clèves, j'ai parcouru quelques pages web, et je suis tombée sur des articles de presse disant que notre Président n'était pas très ami avec cette chère Princesse.
Une affaire un peu vieille déjà et dont je n'avais aucun souvenir ; une conférence à Lyon où il aurait dit :
"L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur ‘La Princesse de Clèves’. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de ‘La Princesse de Clèves’… Imaginez un peu le spectacle !"
Puis récemment, lors d'une autre intervention publique :
" Avoir fait du bénévolat, explique [le Président], devrait être une expérience reconnue par les concours administratifs, car après tout, « ça vaut autant que de savoir par cœur ‘La Princesse de Clèves’ ». Après un silence, il ajoute: « Enfin… j’ai rien contre, mais enfin, mais enfin… parce que j’avais beaucoup souffert sur elle. » " (Article complet sur Rue89)
Je ne veux pas juger ; je veux simplement dire que j'ai lu une partie des commentaires en réaction à cet article. Ils sont bien évidemment partagés. Bien sûr, on peut - et ça a été, je crois, ma première réaction - trouver ça aberrant de la part d'un Président... Une professeur de français disait qu'elle avait déjà du mal à faire lire des pièces classiques à ses élèves alors que si le Président se mettait à son tour à décrier les œuvres-clés de littérature, elle n'avait plus qu'à changer de métier. Je comprends très bien qu'elle attendait un peu plus de soutien.
Mais j'ai lu d'autres avis. Certains étaient d'accord avec lui : la majeure partie des Français se fout totalement de La Princesse de Clèves... Dans le meilleur des cas, elle représente une lecture scolaire obligatoire dont ils gardent un souvenir bien vague ; pour les autres, ils n'ont jamais lu ce roman mais se portent très bien.
Quand j'ai lu ça, je me suis dit que oui, en effet, on ne pouvait certainement pas dire le contraire ; ce monsieur-là n'avait pas tort. Mais alors, à quoi sert la littérature ?
04 août 2008
“Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment, ils ont l'air de rien les mots, pas l'air de dangers bien sûr, plutôt de petits vents, de petits sons de bouche, ni chauds, ni froids, et facilement repris dès qu'ils arrivent par l'oreille par l'énorme ennui gris mou du cerveau. On ne se méfie pas d'eux des mots et le malheur arrive.
Des mots, il y en a des cachés parmi d'autres, comme des cailloux. On les reconnaît pas spécialement et puis les voilà qui vous font trembler pourtant toute la vie qu'on possède, et tout entière, et dans son faible et dans son fort… C'est la panique alors… Une avalanche… On en reste là comme un pendu, au dessus des émotions… C'est une tempête qui est arrivée, qui est passée, bien trop forte pour vous, si violente qu'on l'aurait jamais crue possible rien qu'avec des sentiments… Donc, on ne se méfie jamais assez des mots, c'est ma conclusion.”
Voyage au bout de la nuit, Céline.
J'ai trouvé ces mots beaux dans la bouche du personnage - on en oublierait presque qu'il y a un auteur derrière. J'étais surprise de l'entendre dire ça, lui, Bardamu, sauvage et simplet comme il est. Mais c'est qu'en six cents pages, j'ai quand même fini par m'attacher à lui. On a sans doute la peur, la lâcheté, cette envie de se défiler au moment où cela devient difficile, en commun. Sauf que lui a peur de la mort quand moi j'aurais plutôt peur de vivre.
Il y a pourtant quelque chose que je déteste profondément chez lui. Peut-être cette façon qu'il a de parler des femmes comme des corps alléchants et non comme des êtres humains... Peut-être parce qu'il recherche son plaisir avant tout, qu'il se fiche de faire du mal et qu'il a ce fichu don pour s'enfuir toujours quand ça devient critique. Peut-être surtout d'être au moins, contrairement à moi, honnête avec lui-même et avec les autres, concernant ses opinions et ses défauts ; de ne pas s'en cacher. D'arrêter la mascarade. Qui oserait dire "je n'ai pas peur de faire la guerre" ? Bardamu est humain, l'humain, même, avec son égoïsme et ses autres vices, et il se montre comme tel, simplement, sans en être fier pour autant. C'est comme s'il avait accepté, lui, d'être ce qu'il est, imparfait, quand moi je me borne encore à mes illusions d'un Homme (presque) entièrement bon - cette aspiration à la perfection qui n'existe pas. Finalement je lui trouve encore du courage dans sa lâcheté, celui de l'acceptation. Mais j'aurai au moins pour moi mon optimisme : je refuse que la vie soit un voyage au bout de la nuit.
Ce qui est étrange - et ce n'est pas la première fois, avec les livres -, c'est d'être capable d'aimer un voyou, d'en arriver à prendre la défense de quelqu'un qu'on n'aimerait pas dans la vraie vie. Joli tour des écrivains et mystère qui reste entier. C'est peut-être précisément parce que je sais qu'ils ne vivent pas que j'arrive à aimer ces personnages, ces compagnons d'un temps, ces amis d'une nuit. Evidemment, il n'y a pas de risque : le mal ne sera jamais vraiment fait. Et je me surprends à être plus tolérante avec eux, à oublier plus vite leurs défauts, si humains et vraisemblables soient-ils, pour ne retenir que le meilleur - en fait: ce qui m'arrange. Ce serait tellement bien d'y arriver aussi au quotidien, avec les hommes... Mais c'est que ces personnages, ils me tiennent compagnie que lorsque je le décide. Une certaine liberté. En somme c'est plus facile qu'avec les "autres" dans la vraie vie, avec qui il faut souvent batailler, qui nous déçoivent, nous font parfois du mal et qu'on ne fait pas disparaître aussi aisément... Esquiver les difficultés réelles en s'échappant dans la fiction : la revoilà, ma lacheté.
03 août 2008
Bretagne again.
(Ce foutu Canalblog refuse d'afficher cette photo en grand, c'est bien dommage...)









